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 Entretien avec Mohand Ameziane Bencheikh, détenu des ...

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Hzaouche
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MessageSujet: Entretien avec Mohand Ameziane Bencheikh, détenu des ...   04.06.07 9:59

Tafsut imazighen

Entretien avec Mohand Ameziane Bencheikh, détenu des évènements de 1980 et 1981



Mohand Amziane Bencheikh, plus connu sous le surnom Bezza, est un ex-détenu du printemps berbère de 1980 et a participé à la manifestation des étudiants en mai 1981. Il a aimablement accepté de répondre à ces quelques questions.



Kabyle.com : Azul, pouvez vous, vous présentez à nos lecteurs ?

Mr Mohand Ameziane : azul, je m’appelle Mohand Ameziane Bencheikh et je suis plus connu sous le surnom de Bezza. J’ai eu mon bac en 1978, licencié en science financière et commerciale de l’école supérieure de commerce d’Alger. Actuellement, je suis fonctionnaire à l’administration des œuvres universitaires de Bgayet. Je suis un ex-détenu du printemps berbère de 1980 et j’ai participé à la manifestation des étudiants de mai 1981

Kabyle.com : pouvez-vous nous raconter les circonstances de votre détention en 1980 ?

Mr Mohand Ameziane : j’ai été arrêté le 07 avril 1980 lors de la marche organisée à Alger, place 1er mai. J’ai passé une nuit avec 16 autres manifestants dans une cellule du commissariat central d’Alger. Nous avions été relâché le 08 Avril. El Kadi Ihessene (journaliste actuellement) est le seul à avoir été relâché 2 jours après. Nous avions continué nos manifestations de rue. J’ai été de nouveau arrêté le 21 Avril 1980 à coté de l’école supérieure de commerce et emprisonné au commissariat central d’Alger du 21 avril au 08 mai.

Kabyle.com : peut on savoir comment vous avez été traités ?

Mr Mohand Ameziane : j’ai subi plusieurs interrogations musclées

Kabyle.com : Qu’est-ce qui vous a marqué le plus lors de votre détention de 1980 ?

Mr Mohand Ameziane : ma rencontre avec Ferhat imazighen Imula dans la cellule du commissariat d’Alger m’a donné des frissons. Ferhat était l’idole de toute notre génération, la génération qui aspirerait à la démocratie, à la liberté, à l’amazighité. Ferhat a été arrêté le 16 avril 1980 à l’aéroport d’Alger. Nous avons beaucoup parlé moi et lui

Kabyle.com : sur quels sujets sont axés essentiellement vos discussions avec Ferhat ?

Mr Mohand Ameziane : on parlait bien évidement des évènements qui ensanglantaient la Kabylie. A l’époque, les rumeurs les plus folles circulaient, comme : y’avait 32 morts à Tizi Ouzou ; le pouvoir s’apprêtait à déclarer une guerre générale à la Kabylie. On était très inquiet, mais il y avait beaucoup de méfiance, même entre prisonniers. Je me souviens que Ferhat était très méfiant.

Kabyle.com : et pour les évènements de 1981 ?

Mr Mohand Ameziane : ce qui s’est passé en 1981, n’est que la continuité des évènements de 1980. Le 12 Avril 1980, un collectif culturel de l’université d’Alger a été créé par d’éminentes personnalités culturelles comme (Salem Chaker, Kateb Yacine, Mouloud Mammeri...). En septembre 1980, au début de la rentrée scolaire et universitaire, nous avions décidé de multiplier les actions culturelles, surtout l’enseignement de Tamazight. Benkhemou Mustapha assurait les cours de Tamazight à Bab Ezzouar et à Boumerdès. Salem Chaker assurait les cours à la Fac Centrale d’Alger. Nous avions crée un journal mural. Toujours dans les années 80, une troupe « Debza » a été crée pour porter haut et fort les revendications principales des étudiants à savoir : Tamazight, l’arabe algérien, démocratie, liberté...
Le 19 mai 1981, lors de la journée national de l’étudiant, les membres du collectif culturel de l’université d’Alger, dont je faisais parti, a décidé de fêter cette datte comme tous les étudiants.
A 6heure du matin, nous avions descendu de Ben Aknoun (cité universitaire) à la fac centrale munis de nos banderoles comme le reste des étudiants pour fêter cette journée. Je tiens à rendre un très grand hommage à deux grandes figures du mouvement estudiantin : Mustapha Bacha et Salah Boukrif, qui ne sont plus aujourd’hui avec nous (décédés). A l’intérieur de la fac et en plein air, il y avait une représentation de la pièce de théâtre de la troupe Debza « Sendouk El3djeb » (appellation populaire de l’époque de la télévision). Un monde fou regardait la pièce. A la fin de représentation, une marrée humaine s’apprêtait à sortir. c’est là que les problèmes ont commencé. Les baathistes commençaient à provoquer la foule en criant leurs slogans habituels (enfants de la France, enfants des pères blancs, Koufar, harkis...). Je me souviens de ce baathiste zélé, qui menait avec son porte voix. Il s’est mis au milieu de la foule et scandait des insultes envers la Kabylie et les démocrates en général. Un étudiant du collectif lui a coupé le fil de son porte-voix. Cette action était le début d’un grand cafouillage et une dispute sans merci entre les islamistes et les étudiants du collectif. Les islamistes étaient préparés, ils avaient leurs réserves de pierres, armes blanches (chaînes, barres métalliques, poignards...). Il y avait plusieurs blessés et même très graves. Le mercredi 23 mai 1981, j’ai pris, avec Mustapha Bacha, la route Ben Aknoun- Fac centrale. Je me souviens ce jour là, on avait croisé Mustapha Benkhamou et rebroussé chemin après avoir remarqué un contrôle très strict à la fac centrale et un grand nombre de policiers. Mais nous avions été surpris par une embuscade de policiers en civil et été arrêté vers 8h du matin le 23 Mai 1981. Nous sommes resté 9 jours au commissariat central d’Alger puis transféré à la prison d’El Harrach (20 personnes à être transférer à cette prison dont 6 membres de la troupe Debza). nous avions été libéré le 29 octobre de la même année et obligé de déclencher une grève de la faim de 5 jours pour accélérer le jugement.
Mustapha Bacha, Boukerif Salah et Arezki Ait Larbi, El Kadi Ihssane ont été condamné à une année de prison ferme. Laksi Mokrane condamné à 8 mois de prison ferme. Je tiens à vous informer que le fils du colonel Si Lehouas, Hamouda Abderzak, était parmi les prisonniers d’El Harrach

Kabyle.com : Qui étaient les membres fondateurs de la troupe Debza ?

Mr Mohand Ameziane : dans le souci de porter haut les revendications du collectif culturel des étudiants, Mustapha Bacha, Salim Bensedira, et moi même avions eu l’idée de lancer le groupe « Debza » qui chante en kabyle et en arabe algérien. Le premier a avoir fait le travail musical de la troupe était Djamel Zenati.

Kabyle.com : quel est votre père spirituel à Debza ?

Mr Mohand Ameziane : la troupe Debza faisait beaucoup plus de théâtre que de la chanson. La plupart des chansons du groupe étaient des pièces de théâtre. Kateb Yacine était notre père spirituel

Kabyle.com : durant les années 80, la revendication identitaire était à son sommet et la relation de la Kabylie avec le reste des régions d’Algérie était très tendue. Quelle était la réaction du public kabyle lorsque vous chantez en arabe ?

Mr Mohand Ameziane : en général la réaction du public kabyle était bonne et compréhensive. Mais je me souviens de cette légère mauvaise réaction d’une partie du public lors du séminaire de Yakouren (Août 1980)

Kabyle.com : peut on savoir quels étaient les éléments moteurs de la troupe ?

Mr Mohand Ameziane : c’est très difficile de citer tous les noms de la troupe “Debza”, mais je peux nommer, Bounab Abdellatif, Balahouane Rabah, Mourad Beloucherani, Lahmer Messaoud, Houati Abdenour, Ourad Meziane...

Kabyle.com : et pour l’enregistrement ?

Mr Mohand Ameziane : nous avions enregistré la première K7 en 1987. avec Hayoune Saïd, Dejelouli Rachid, Talbi Rachid, Belala Djamal, Hamaine Merzouk (le seul qui n’a pas été étudiant) et qui est devenu par la suite le confident de Kateb Yacine

Kabyle.com : en 1982, le premier étudiant démocrate est assassiné par les hordes intégristes. Pouvez vous nous parler de Kamel Amzal et les circonstances de son assassinat ?

Mr Mohand Ameziane : Kamal Amzal, dit Madjid, aimait beaucoup la poésie : Baudelaire, Apollinaire, Ilia Abou Madhi, Aït Menguellet, Si Mohand U’M’hand… aucune poésie ne lui était étrangère. Il aimait citer aussi un serment du chercheur anthropologue Théodore Monod, disparu en 2000, qui disait " Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la quiétude dans la servitude, je préférerais encore la liberté ; car, la liberté, c’est la vie et la servitude c’est la mort.
Kamal Amzal, étudiant, est tué à coups de sabre par un groupe intégriste en novembre 1982 à la cité universitaire de Ben Aknoun parce qu’il voulait afficher une déclaration du collectif. Pressions et agressions contre les femmes se multiplient. Le voile islamiste, la tenue afghane et le port de la barbe pour les hommes, inconnus de la tradition algérienne, font leur apparition.

Kabyle.com : on vous laisse le soin de conclure Mr Bezza ?

Mr Mohand Ameziane : quand quelqu’un récupère son identité, il est mieux assis pour se prendre en charge. En d’autres terme il sera stable intérieurement.

Aweqas Zaouche

pour lire les commentaires
http://www.kabyle.com/Entretien-avec-Mohand-Ameziane,12221.html?var_recherche=aweqas%20zaouche
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